Comment lancer son projet de mode éthique ?

Porter un projet de mode éthique est aussi enthousiasmant qu’exténuant. C’est avoir à cœur des convictions et des ambitions fortes, et trouver coûte que coûte le moyen de faire émerger ce projet et d’y faire adhérer tant les consommateurs que les financeurs.

Dite aussi “durable”, la mode “éthique” s’inspire du modèle du commerce équitable en se souciant de l’aspect social et environnemental de sa production et distribution. Elle prend tout son sens aujourd’hui, portée par un écosystème qui tend à plus de transparence et d’éco responsabilité.

Cette conduite est une nécessité pour répondre aux impacts cachés et néfastes de la fast-fashion, tant sur les plans éthiques que sociaux et environnementaux. , elle émet 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre par an, épuise les ressources d’eau pour la confection de vêtements, participe à la pollution des océans en relâchant des tonnes de micro particules plastiques. Sans souligner l’utilisation massive de produits chimiques ni l’exploitation des travailleurs dans des conditions souvent précaires.

En réaction, le marché de la mode éthique trouve sa profonde légitimité et se montre en incontestable expansion même si certains freins ralentissent encore son explosion. Les offres se sont diversifiées ces dernières années, accueillies par une clientèle de plus en plus sensibilisée à ces enjeux écologiques. L’intérêt et les changements de mentalité sont indéniables mais restent frileux dans le passage à l’action à cause de la barrière du prix, nécessairement élevé, de la faiblesse des réseaux de distribution difficile d’accès et du manque de choix et de diversité dans l’offre.

C’est dans ce décor riche en opportunités qu’il reste à planter son projet de mode éthique et lui donner un coup de boost pour le faire émerger malgré les différents obstacles. Et ainsi lui ouvrir le champ des possibles. Pas de secret : une motivation sans faille, beaucoup d’investissement en temps et en travail, et une recherche de fonds pour financer ce projet et lui offrir tout son potentiel !

Un horizon financier difficile

C’est souvent sur ce dernier point que le bât blesse. Un porteur de projet, quel qu’il soit, se heurte très souvent à la frilosité des financeurs. Le marché de la mode éthique n’est pas encore un marché de masse et rencontre une adoption du concept lente bien que prometteuse. Ce constat n’encourage pas les dispositifs de financement qui veulent être assurés de la viabilité d’un projet avant d’investir.

En parallèle, le public prend de plus en plus conscience des enjeux écologiques et se laisse séduire par les valeurs portées par un projet de mode éthique. Se crée une communauté fédérée autour du projet, et qui devient la première à y croire et s’y investir. Elle devient un soutien solide, plus qualitatif que quantitatif, et un véritable appui pour se lancer.

Cette relation forte entre les clients et la marque ouvre une porte dans cet horizon financier à priori difficile pour les porteurs de projet. Ce soutien fidèle uni autour des valeurs éthiques portées par le projet est un levier pour prendre de l’élan et trouver un financement par le crowdfunding ou financement participatif. Ce système, reposant sur cette communauté, permet de lever les fonds nécessaires au lancement de projet et d’avoir une preuve de sa viabilité.

La solution du financement participatif

Le financement participatif, ou crowdfunding est un mécanisme qui permet de collecter de l’argent auprès de particuliers sur une plateforme internet (Ulule, KissKissBankBank…) pour financer un projet.

Lancer une campagne de crowdfunding permet de mesurer la sensibilité du public autour du projet. L’univers de la mode éthique est porteur de valeurs qui fédèrent une communauté et permettent d’aller chercher parmi elle la demande. Cet engouement créé autour du projet offre un coup de communication fort et impactant. Le financement participatif donne une meilleure exposition, plus large et qualitative, ainsi qu’une médiatisation possible par le biais des différents outils mis en place. S’appuyant sur ce réseau, la collecte d’argent par crowdfunding donne la possibilité de lancer la première production et de faire exister concrètement le projet. Cette action de financement aide également à valider l’étude de marché et à avoir la confirmation du bon positionnement trouvé. La récolte de fonds obtenus, signe de promesse de vente et preuve de légitimité et bon fonctionnement du projet, rassure et peut alors convaincre les investisseurs.

Choisir le financement participatif pour lancer son projet demande un investissement conséquent en temps et en travail. En conservant une certaine rigueur dans les actions à mettre en place, en amont et pendant la collecte de crowdfunding, porté par l’envie et la motivation, vous mettrez toutes les chances de votre côté pour faire aboutir votre projet. Cette phase, bien qu’intense, est un véritable fer de lance, offrant à la clé une preuve de viabilité du projet auprès des financeurs. Sans compter l’élan donné à la communication et la visibilité de la marque qui aura déjà levé tous les freins pour gagner en ampleur.

Des défis déjà relevés

Rien n’est impossible à ceux qui en veulent et s’investissent ! D’autres porteurs de projet dans le même domaine sont déjà passés par cette action de financement participatif, lancement réussi pour leurs projets !

WeDressFair (Ulule) : WeDressFair est une plateforme qui propose des produits mode éthique de marques transparentes et responsables. Lancé par une campagne Ulule en mars 2018 avec un objectif atteint à 190%, le projet a ouvert ses portes sur internet en mai 2018 avec 15 marques homme et femme. Un market place dédié à la mode responsable en France. Plus qu’un simple fer de lance financier, cette action de crowdfunding, ça a aussi été un boost pour la communication et la visibilité de la select store WeDressFair. La vidéo de présentation postée sur Ulule a été remarquée et nominée deux fois au Green Awards. Loin d’avoir bouclé la boucle, l’équipe de WeDressFair, Antoine et Marie, continue à développer leur plateforme avec de nouvelles ambitions : augmenter le nombre de marques, ouvrir une boutique à Lyon et d’autres perspectives encore…

Perús – Ulule : Perús est devenu une référence en matière de lancement en financement participatif avec 390000€ récoltés en 4 campagnes Ulule depuis 2015. La première, effectuée pour le lancement de la marque socialement responsable de sneakers aux motifs incas a atteint 788% de son objectif. Suite à leur premier franc succès, l’équipe composée de trois amis d’enfance, Nicolas, Armand et Henri, a renouvelé l’opération de crowdfunding pour une seconde collection de chaussures, puis de pulls en laine et enfin de sacs à dos. Tous les produits sont confectionnés au Pérou dans de petits ateliers et une partie des gains est reversée à l’association Los chicos de Cusco pour aider à la scolarisation d’enfants défavorisés. Le financement participatif, loin d’être une action unique et fermée, peut être réitérée avec les mêmes chances de réussite, permettant de développer un projet toujours plus loin en terrain connu.

Wess – Ulule : Wess est un projet de capsule éthique mené par Marine et Rebecca qui a réalisé 194% de son objectif en décembre 2018 avec 194 préventes de sa marinière réversible en coton bio. La boutique en ligne de mode végane projette déjà d’ajouter de nouvelles pièces à sa capsule, soutenue par sa communauté fédérée autour de la marque lors de la campagne de financement participatif.

Ils en parlent

(interview avec Marie de WeDressFair)

Qui de mieux pour en parler que les porteurs de projets eux-mêmes ? Suivez avec eux leur expérience et ce qu’ils en ont tiré pour faire grandir leur projet !

Il ne faut pas hésiter cependant à se faire accompagner pour n’oublier aucune étape et envisager sereinement ce lancement de projet.

Pourquoi avoir choisi le financement participatif pour se lancer ?

Marie – Pour dire vrai, on s’est beaucoup posé la question. Aujourd’hui je pense que la raison était que nous n’avions pas défini les bons « objectifs » de notre campagne de crowdfunding et que nous la voyions trop comme un levier financier. Lorsque l’on a compris que c’était aussi une preuve de marché et que cela pourrait nous servir ensuite mais surtout que c’était une superbe façon de construire le noyau dur, les premiers ambassadeurs de la marque, on s’est lancé.

Comment avez-vous vécu la période de campagne ?

Marie – La période de campagne est assez intense. Nous avons vraiment voulu que cela soit un moment de communication autour de la marque et pas seulement pour le crowdfunding mais pour faire découvrir nos valeurs et la raison qui nous poussait à construire WeDressFair ainsi. On a notamment mobilisé notre cercle 1, qui aujourd’hui s’avère faire partie de notre noyau dur, pour repartager notre vidéo qui expliquait les valeurs de WeDressFair. On a aussi beaucoup profité de ce moment pour commencer à mobiliser la presse autour de notre projet et des questionnements autour de l’industrie textile en général. Pendant 30 jours, nous avons vraiment été dédié à cela, c’est un sprint, dont on apprécie les résultats surtout à la fin.

Au-delà de la cagnotte obtenue, qu’est-ce que la campagne a apporté à votre projet (visibilité, médiatisation, création d’une communauté, adoption du concept…) ?

Marie – Au-delà de la cagnotte, on a surtout eu une preuve que notre concept était très attendu. Près de 300 personnes ont participé à notre campagne alors que nos contreparties n’étaient pas forcément des plus sexy. Mais on s’est rendu compte que les gens adhéraient au concept. En plus de cela, ces 300 personnes se sont révélées être des vraies ambassadrices du projet, et constitues aujourd’hui un vrai noyau dur.

La presse a été très réactive grâce à notre vidéo, ce qui nous a permis d’avoir une dizaine de parution presse. Si nous n’avions pas fait la campagne de crowdfunding, je ne pense pas qu’on aurait eu l’idée de faire cette vidéo.

Comment vous êtes-vous occupés après la campagne cette première communauté de 300 contributeurs ?

Marie – Après la campagne, on s’est surtout occupé de lancer le site internet pour lequel on travaillait déjà beaucoup et qui était une promesse de la campagne. En Mai, nous avons lancé le site, et les premiers à être prévenus ont été notre communauté créée pendant la campagne. En Juin, nous avons invité tous nos contributeurs à Paris pour notre soirée de lancement pour les remercier.

Est-ce que le fait d’exister grâce à la campagne a été un atout pour lancement du site e-commerce ?

Marie – La campagne a permis de créer les bases de notre communauté avec les personnes les plus engagées qui avaient participé au crowdfunding. Cela nous a permis notamment d’avoir leur premier retour utilisateur sur le site en général, et ses fonctionnalités. Pouvoir s’appuyer sur des personnes qui nous connaissent et partagent nos valeurs nous a permis de savoir si nous répondions à leurs attentes.

A quel besoin WeDressFair répond-il ? Que cherche aujourd’hui l’internaute qui vient chez vous ?

Marie – Aujourd’hui sur WeDressFair nous mettons en avant 25 marques et plus de 750 produits. Nous avons à cœur de mettre en avant toutes les marques qui sont engagées dans une vraie démarche de responsabilité sociale et environnementale. Ainsi nous mettons à l’honneur des grands noms comme Veja, Knowledge Cotton Apparel, Armedangels, Ecoalf ou encore Nudie Jeans, mais nous croyons fortement en d’autres marques plus jeunes mais aux valeurs toutes aussi fortes comme Hopaal, Atelier Unes, Swedish Stockings, Bask in the Sun, la vie est belt, ou encore OTH.

L’utilisateur qui vient sur notre site est non seulement à la recherche d’un premier « filtre » pour trouver des marques respectueuses des Hommes et de l’environnement mais il est également en recherche de transparence et d’information. Les articles de notre blog où nous essayons de détailler les problématiques liées au textile sont de plus en plus consultés et c’est une façon pour nous de sensibiliser le plus grand nombre. En plus de cela nous organisons maintenant de plus en plus de conférence pour permettre à chacun de venir poser toutes les questions qu’il souhaite.

Comment voyez-vous l’évolution de la prise de conscience de ce besoin éthique en France ?

Marie – La prise de conscience est là mais le passage à l’action est plus lent. Notamment en raison de plusieurs freins : le prix, le style des produits, et leur accessibilité. Face à ces freins nous essayons d’y répondre au mieux. Le prix tout d’abord est une question centrale. On sait que produire avec des bons matériaux tout en payant dignement chaque personne de la chaine, a un coût. Mais au-delà de ce coût ce que le consommateur cherche à savoir c’est la transparence du prix. Comment est fixé ce prix ? A qui revient l’argent que je donne. Avec WeDressFair nous nous efforçons de trouver des marques et d’élargir notre gamme de prix pour pouvoir satisfaire tout le monde. Nous ne serons jamais sur du luxe, mais nous n’avons pas non plus des produits de fast-fashion.

Ce que nous disons régulièrement c’est qu’avant de changer son entière garde-robe on peut commencer par tous les basiques que l’on rachète en continue. Pourquoi ne pas avoir un t-shirt bien fait et qui durera plus longtemps plutôt que 3 ou 4 dont on ne connaît pas forcément la provenance et les conditions de fabrication. Car les basiques sont moins onéreux que d’autres pièces peuvent l’être (manteaux, veste, etc…). En ce qui concerne le style, nous essayons d’avoir de plus en plus de marques avec des styles un peu différent pour plaire aux goûts de tous. Mais pour toutes les marques éthiques c’est souvent le cas, la majorité de la gamme constitue des basiques avec quelques pièces fortes qui viendront donner un style particulier et marqué. Et enfin l’accessibilité. Vendre sur le web c’est bien et ça permet à chacun de pouvoir y avoir accès, mais de plus en plus de consommateurs désirent voir le vêtement, l’essayer, toucher sa matière innovante, etc… C’est pour cela que nous avons aujourd’hui un pop-up régulier à Lyon, au 20 rue des capucins, et nous espérons ouvrir très prochainement une boutique.

Le crowdfunding a-t-il été une aide de taille dans votre recherche de financement suite à la campagne réalisée avec succès ?

Marie – La campagne nous a effectivement permis de « micro » preuve de marché auprès de financeurs mais pas que. Nous nous sommes servis plusieurs fois des chiffres de la campagne notamment pour obtenir la bouse French Tech ou encore pour avoir accès à un prêt bancaire. Mais cela nous a également servi pour candidater et accéder à des incubateurs (Makesense à Paris).

Auriez-vous des conseils ou astuces à transmettre aux futurs porteurs de projet ?

Marie – Mon conseil pour les futurs porteurs de projet qui voudraient se lancer dans une campagne de crowdfunding c’est de ne pas sous-estimer la puissance de son cercle 1 et d’une vidéo bien faite. Pour nous cette vidéo a vraiment été au cœur de notre campagne et elle nous sert encore aujourd’hui pour tous les dossiers que l’on fait. Alors le combo gagnant c’est un bon projet + une bonne vidéo + un cercle 1 bien mobilisé + une bonne dose d’énergie et d’encouragement !

Un an après, qu’est devenu WeDressFair ?

Marie – Un an après notre campagne de crowdfunding, WeDressFair a bien progressé. Nous sommes désormais 5 personnes à temps plein sur le projet épaulé par 2 stagiaires. L’équipe grandit ! Nous continuons de développer notre offre pour les femmes et les hommes et nous espérons pouvoir nous développer sur le web de plus en plus pour répondre à la demande. Une deuxième version du site est d’ailleurs en cours de préparation et devrait sortir d’ici 1 mois. Il y a aura encore plus de surprises ! Et enfin, la grande nouvelle c’est que nous ouvrons très prochainement une première boutique à Lyon, où nous espérons pouvoir pérenniser notre modèle, continuer d’organiser des conférences et permettre à chacun de trouver un vêtement qui correspond à son style et à ses valeurs !

2019-07-17T08:23:30+00:00