La mode éthique, un phénomène éphémère ou une vraie mutation de l’univers textile ?

On parle beaucoup de marques éco-responsables, de l’impact de la fast-fashion sur l’environnement, de la volonté à adopter une consommation consciente. Et tout ça, est-ce seulement un effet de mode qui enflamme quelques temps les consommateurs, ou bien une vraie mutation de fonds du marché de l’univers textile vers un comportement plus éthique ?

Un marché en expansion

Cet engouement vers une production et une consommation aux valeurs éthiques et éco-responsables dans le domaine de la mode ne concerne pas seulement une part importante des consommateurs, mais touche aussi des acteurs nationaux voire internationaux qui veulent s’investir dans cette dynamique.

Ce soucis des enjeux éthiques, sociaux et écologiques ne se présente pas comme une tendance passagère mais une volonté réelle de faire évoluer les choses, le marché et le comportements des entreprises, vers une plus grande responsabilité.

A l’international

En 2018, lors de la COP24 en Pologne,  48 marques et grands groupes ont signé la Charte de l’industrie de la mode pour l’action climatique* sous l’égide des Nations unies.

Leur objectif ? Réduire de 30% l’émission de gaz à effet de serre de l’industrie d’ici 2030.

Une ambition difficile, mais un pari important quand on prend conscience de la responsabilité du secteur de la mode dans la pollution mondiale. Elle se situe en deuxième place sur le podium, après l’industrie du pétrole.

En France

Paris Good Fashion

En France, Paris veut devenir la capitale de la mode responsable pour les JO de 2024 grâce à l’association “Paris Good Fashion”.

Le projet, soutenu par LVMH, les Galeries Lafayette, l’Institut français de la Mode, la Fédération de la Haute couture et de la mode, ou encore Chanel et d’autres est organisé autour de plusieurs grands axes : la création d’une économie circulaire, l’amélioration de l’approvisionnement et  de la traçabilité, et le ciblage de certains processus voulus plus durables comme l’énergie, la distribution et la communication. Pas de contraintes, les marques s’engagent à leur rythme selon leurs problématiques avec comme point de mire 2024.

Un autre objectif de cette initiative, c’est de sensibiliser les jeunes créateurs à ces enjeux éco-responsables pour assurer la relève de cette démarche et assurer une transition efficace.

La Caserne

La mairie de Paris a initié en 2018 un nouveau projet pour propulser encore davantage Paris comme capitale de la mode éthique et innovatrice dans l’univers textile.

Dans le 10ième arrondissement, en plein cœur de la capitale, une ancienne caserne de pompier de 2000 m2 deviendra en 2021 un espace dédié à la mode éthique. “La Caserne” a pour ambition d’être un accélérateur de la transition écologique de l’univers de la mode.

Ce sera un lieu de formation et de création, avec un accompagnement stratégique et commercial proposé aux marques incubées, des work shop, une fablab, un studio photo…

Mais ce sera également un lieu d’échanges et de rencontres entre le consommateur et les créateurs, car les deux tiers de l’espace seront ouverts au grand public.

La Caserne aide à la visibilité de ses créateurs grâce aux espaces de vente en interne. Des événements et des conférences seront organisées pour faire vivre l’espace, ainsi qu’un rooftop  et un restaurant qui le transformeront aussi en un lieu de fête.

La Caserne accompagne des marques déjà existantes pour qu’elles deviennent durables, objectif visé sur trois ans. Cet écosystème dédié à la mode et à la création se veut un acteur de la mode durable et responsable, et un lieu vivant qui réunit tant les talents que les consommateurs dans une même volonté d’œuvrer pour la transition écologique de l’univers textile.

Au sein du bâtiment, il y a un espace dédié à la fashion tech. Le but est d’attirer des scientifiques et des créateurs qui veulent développer des techniques et des matières à la pointe de l’innovation pour limiter les pertes et devenir plus responsable

Présent en France, le projet veut s’ouvrir à l’international pour avoir un rayonnement européen. Une belle ambition qui verra le jour dans peu de temps.

D’un point de vue légal

La législation aussi intervient pour appuyer cette responsabilité des entreprises dans les enjeux éthiques et écologiques.

Un projet de loi français daté du mois de juin 2019 sur l’économie circulaire prévoit d’interdire aux marques de jeter ou brûler leurs invendus. Elles sont contraintes de recycler ou donner gracieusement leurs stocks, sous peine de sanction financière. Une manière de lutter contre le gaspillage et la production de masse, et de pousser au recyclage.

Une tendance plus forte qu’une mode

L’apport technologique

De nouvelles technologies sont inventées et mises peu à peu en action pour aider les entreprises dans les différentes étapes de production dans une mode durable. Stella McCartney, porte-parole historique de la mode durable teste actuellement avec Google Cloud un outil de traçabilité pour améliorer la gestion environnementale.

C’est un système de collecte de données qui permet de mesurer les quantités d’eau et d’énergie utilisées  à chaque étape de fabrication. La finalité de cet outil est de les analyser pour traquer les moments les plus néfastes de la chaîne pour réduire leur impact environnemental et les améliorer.

 

La créatrice Martine Jarlgaard travaille aussi sur un autre outil de traçabilité qui repose sur la technologie blockchain. Il permet de retracer l’historique complet de la chaîne d’approvisionnement.

” When transparency and sustainability play a part, then there is really beautiful storytelling to be told. And brands can do that actually fairly easily”

La blockchain permet de stocker toutes les informations, du producteur au distributeur, et de forcer les entreprises à la transparence. Certains restent sur la réserve, dénonçant le besoin d’un outil technologique pour respecter les droits humains.

Quoi qu’il en soit, la technologie elle-même se met au service de la mode éthique, signe de son importance et de sa sérieuse considération dans les mentalités.

Recyclage

Upcycling

Une nouvelle tendance s’est lancée également, devenant maintenant une vraie démarche dans le monde de la mode : l’upcycling, ou surcyclage dans son terme français.

Le principe est de donner une deuxième vie aux vêtements ou tissus usagés en les transformant en pièces neuves. La plupart des vêtements ont une seconde vie grâce au recyclage : dons à des associations (62%), à des personnes de l’entourage (35%) et la revente sur internet (22%).

Mais plus que de faire du neuf avec du vieux comme le propose le recyclage, l’upcycling propose de faire du beau avec de l’usagé.

Cela consiste à récupérer des chutes de tissus ou des habits déjà existants pour les retravailler et leur donner un style propre ou même les transformer en une autre pièce ayant une nouvelle fonctionnalité, comme un jean devenant une jupe par exemple.

Plusieurs marques sont nées et perpétuent cette tendance qui devient plus qu’une mode, une activité. D’autres proposent des gammes de vêtement tirées de l’upcycling, comme Asos par exemple avec son offre “Asos Reclaimed Vintage”.

RE/DONE “iconique.durable. unique” est une enseigne d’upcycling de luxe, qui reprend des produits de marque pour en réutiliser la matirère. Blue of Kind également est une marque italienne qui recycle les jeans vintage ou issus de stocks dormants en France et Italie pour les proposer ensuite au grand public.

Leasing

Les marques sont de plus en plus innovantes en matière de recyclage, avec l’upcycling, mais aussi le leasing et la réparation.

Prenons l’exemple du jean, une manière très prisée pour le recyclage et qui voit fleurir de nombreuses offres dans ce sens. Sur le modèle de la fast fashion, la production d’un jean traditionnel en coton est très polluante, et la slow fashion veut y remédier.

Mud Jeans a été la première marque à proposer de la location de jeans grâce à un abonnement sur une plateforme. L’avantage ? Le garder s’il convient vraiment au consommateur, ou alors le renvoyer à la fin de la location, ou l’échanger contre un autre. Un moyen de contrer la surconsommation et d’éviter de jeter des habits encore réutilisables ou pouvant être recyclés.

La marque Made In France 1083 a aussi développé son offre “Le jean infini”. Il s’agit du premier jean français recyclable, recyclé, et consigné ! Le client achète son pantalon pour une durée illimitée, et le rapporte à la marque lorsqu’il ne le porte plus. On lui rend sa caution de 20€, et le jean est alors reconditionné et transformé en jean infini neuf. Le client participe ainsi très facilement à l’économie circulaire dans laquelle les déchets sont recyclés !

C’est une boucle infinie dans laquelle les déchets deviennent à nouveau des ressources.

Location courte durée et réparation

Une autre tendance existante est la location courte durée. Des plateformes comme Closet, Panoply ou Le Grand Dressing proposent ce genre de service. Cela permet de diversifier son dressing sans avoir toute une collection de vêtements qui prennent la poussière dans un coin de son armoire.

La réparation aussi entre dans cette idée de recyclage. Le jean est une matière résistante qui nécessite parfois seulement une petite retouche pour tenir encore des années. La marque Nudie Jeans propose donc ce service à ses clients.

Si vous voulez en découvrir plus sur toutes ces démarches de recyclage qui sont de plus en plus présentes, vous pouvez cliquer sur le lien à la fin de l’article.

Révolution des matières

On assiste aussi à une révolution des matières pour répondre aux enjeux écologiques. De nombreuses recherches et études sont faites pour trouver les fibres et matières premières les plus respectueuses de l’environnement. Il en va de même pour les teintures, pour retrouver quelque chose de naturel.

Le lin

Le lin est une fibre naturellement éco responsable dont la culture nécessite très peu d’engrais et de pesticides, et à peine d’eau. Le taux de rendement au mètre carré est bien plus rentable que pour toute autre matière.

Le lin représente 1,4% de la production mondiale de fibres textiles. La France en est le premier producteur mondial, avec 98 000 hectares principalement en Flandre française, Picardie, Normandie, Bretagne et Pas-De-Calais.

Le plus gros avantage écologique de cette matière première, c’est que le procédé de transformation du lin en fil est naturel, contrairement à celui du coton par exemple, qui est chimique.

C’est une matière hypoallergénique et antibactérienne qui ne pose aucun problème dermatologique et assure bien-être et confort à ceux qui la portent. Une fibre pleine de qualités, tant biologiques qu’écologiques et qui devient une alternative aux matières premières de la fast-fashion.

On peut citer l’exemple de Le Gaulois, marque de jean Made In France qui a lancé sa marque en 2019 suite à une campagne de crowdfunding. La marque tisse ses toiles en utilisant une fibre naturellement écologique, le lin. Produit en Normandie, il nécessite zéro irrigation, zéro OGM, zéro déchet, zéro produit chimique, et très peu d’eau.

Une belle initiative qui souligne la prise de conscience des responsabilités environnementales, éthiques et sociales des entreprises.

Matière à base de plastique recyclé

On parle beaucoup de matière naturelle, mais la fibre issue de plastique recyclé a aussi la côte.  C’est une manière d’utiliser les déchets et de leur donner une deuxième vie éco responsable.

La marque Pantagonia a été la première à proposer en 1993 du polyester recyclé à partir de bouteilles de soda et de chutes de tissu. Cette innovation permet de réduire sa dépendance aux matières premières polluantes par leur production et de limiter les déchets auxquels l’on donne une nouvelle utilisation.

La marque Hoppal propose elle aussi des vêtements uniquement tissés à base de coton bio recyclé (60%) et de polyester recyclé qui provient de bouteilles plastiques (40%). Ces matières recyclées et remises à l’état de fibre consomment seulement 50 litres d’eau pour créer une pièce, contrairement aux 2700 litres utilisés pour un maillot de corps standard.

Le fil Seaqual est également innovant dans ce domaine. La marque espagnole propose une fibre polyester qui dépollue l’océan, puisque le fil est conçu à partir des déchets plastiques qui sont collectés par près de 400 bateaux partenaires dans la mer Méditerranée. La fibre a les mêmes qualités et propriétés qu’un fil réalisé à partir de fibres de polyester vierges.

L’ortie

L’ortie est une nouvelle matière première en voie d’exploitation qui nécessite peu d’eau et peu de pesticides.

C’est une fibre qui s’utilisait déjà pendant l’Antiquité et le Moyen-âge pour tisser des cordes, des filets et des tissus, mais dont l’utilisation s’est perdue.

Elle peut aujourd’hui être à nouveau utilisée, mais le savoir-faire de son exploitation s’est perdu en France, il faut le développer avant d’optimiser complètement le choix de cette fibre naturelle.

 

Liens :

 

2020-01-02T13:25:29+00:00